Tribune libre

Parcours du médecin camerounais

          Le parcours de ces médecins n’étant pas univoque, nous ne pouvons le décrire de façon précise. Nous présenterons donc ici l’exemple de Mme A.C.B, à travers lequel plusieurs pourront se reconnaître, et qui pourra en édifier plusieurs autres.
– 1993 : candidate malheureuse au concours d’entrée à la FMSB. Obtention sur étude du dossier, d’une inscription à la Faculté de Médecine de St-Petersburg, Fédération de Russie.
– 2001 : fin des études médicales en juin, retour au Cameroun en juillet. Tout de suite confrontée au regard malveillant et aux préjugés vis-à-vis des médecins formés en Russie, réputés de niveau bas, formés dans un pays communiste ; ce qui ne facilitait pas l’octroi d’une situation professionnelle satisfaisante. Néanmoins, obtention d’un stage d’imprégnation (condition si ne qua non préalable à toute éventualité de contrat d’embauche) à l’Hôpital Général de Douala, pour une durée initiale de 6 mois, qui vont s’étendre indéfiniment.
– 2003 : après deux années d’un stage qui n’en finissait pas, succès au concours de recrutement dans le cadre de l’initiative PPTE, synonyme de futur matricule ; affectation à l’Hôpital de District (HD) de Bafoussam. Exercice en qualité de médecin généraliste, pas de salaire pendant les deux premières années de médecin-PPTE !!! et quotes-parts payées par l’HD largement insuffisantes à la subsistance la plus précaire. Après le rappel des salaires au bout de deux ans, la perception devenait régulière mais espacée : tous les 6 mois !!!
– 2006 : constitution du dossier de demande d’intégration à la Fonction Publique camerounaise.
– 2008 : obtention du précieux sésame, l’intégration à la Fonction Publique camerounaise ; affectation à l’HD de Biyem-Assi. Succès au concours d’entrée en cycle de spécialisation à la FMSB, discipline : Pédiatrie, début des enseignements en octobre.
– Actuellement : résidente en 2e Année de Pédiatrie.
Ainsi A… a passé 8 années dans un pays étranger et lointain pour étudier la médecine, elle y a subi toutes sortes d’aléas : l’apprentissage de la langue, les difficultés de compréhension, les ardeurs du climat, la solitude, le choc culturel, la réadaptation au système d’enseignement, le dépaysement, le rejet, et bien d’autres choses que ne peuvent comprendre que ceux qui les ont vécues. Elle a enduré tout cela pour obtenir ce diplôme de Médecin et venir le mettre en valeur dans son pays ; et une fois chez elle a dû subir encore pire : se sentir étrangère et rejetée dans son propre pays! Se faire ironiquement appeler « Médecin russe » par ses collègues et compatriotes ! Elle a dû se battre pour acquérir, conquérir le droit d’exercer dans son pays, pour prouver qu’elle était « Médecin tout court » ; ce qui lui a coûté deux autres années supplémentaires, et même après, l’étiquette était dure à décoller. Pour reprendre ses mots, « cette discrimination ne sert à rien. Il y a des faibles, des moyens et des forts dans toutes les écoles du monde, la preuve en est que le major de la promotion 2010 en Pédiatrie à la FMSB était issu d’une université russe !… sur le terrain c’est le travail et le travail bien fait qui compte »

         Cette histoire est certainement celle de nombreux autres médecins anonymes. Cependant elle ne doit en aucun cas décourager tous les médecins camerounais formés à l’étranger et désireux de revenir servir la patrie, qui doivent savoir que les médecins de formation locale ont aussi leur lot de difficultés. D’ailleurs, la multiplicité des établissements de formation médicale récemment ouverts, tant publics que privés, laisse présager une compétition imminente sur le marché de l’emploi qui, nous osons l’espérer, se basera sur des critères hautement plus objectifs que le pays d’origine de la formation initiale des médecins.

MASSONGO MASSONGO

16.10.2014

Author

Ngounou Nzietchueng Caline

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