Tribune libre

Pourquoi les médecins partent ?

Le vice-président de l’Ordre national des Médecins du Cameroun décrypte les causes de l’exil des médecins camerounais.

Quel est le ratio des médecins camerounais ?
Le tableau de l’Ordre des médecins du Camerounais (ONMC) compte 7200 médecins inscrits. Les statistiques du ministère de la santé font état d’un effectif de près de 2100 médecins fonctionnaires. Près de 50% de ces médecins sont concentrés dans les villes de Yaoundé et Douala et leurs périphéries respectives. D’après les statistiques mondiales du PNUD de 2009 notre pays compte 0,1 médecin pour 1000 habitants c’est-à-dire un médecin pour 10000 habitants. Ce ratio est le même pour des pays tels que la RDC, le Rwanda, le Ghana.

On constate que la majorité des médecins formés au Cameroun s’exile vers les pays étrangers. A quoi est dû ce phénomène ?
C’est vrai que chaque année plus de 30% des jeunes médecins formés dans nos facultés vont travailler dans les pays étrangers principalement vers l’Europe notamment la France, la Belgique ou la Suisse. Un important contingent de jeunes médecins va travailler aux USA ou au Canada. Un contingent mineur trouve fortune dans d’autres pays africains tels que l’Afrique du Sud et quelques pays d’Afrique centrale (Gabon, Guinée Equatoriale, etc..). Quand on interroge ces jeunes gens, ils reconnaissent que l’exil est une condition difficile mais que les conditions de travail et les salaires qui leur sont offerts en exil n’ont aucune commune mesure avec les conditions offertes par leur pays. C’est un constat que l’Ordre des médecins (ONMC) déplore depuis de nombreuses années à l’appui d’un plaidoyer sans cesse plus insistant en faveur d’une amélioration significative des conditions de travail et de salaires des médecins de la Fonction publique. Notre plaidoyer est renforcé par la perte que représente le coût de près de 100 M Fcfa/par médecin formé dans notre pays.

Qu’est-ce qui, de l’avis de l’Ordre des médecins, pose problème au niveau de la formation des médecins au Cameroun ?
L’ONMC et les autres Ordres professionnels de santé (les pharmaciens et les Chirurgiens – dentistes ) avaient dénoncé en 2012 le désordre créé par le ministère de l’enseignement supérieur en autorisant la multiplication des instituts privés(IPES) agréés à former des médecins, des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes. Vous vous souvenez que ces Ordres avaient dénoncé le scandale de ces IPES dont la quasi-totalité, sauf une, ne réunissaient pas les critères minimum pour former ces professionnels de haut niveau : absence ou insuffisance d’enseignants qualifiés, absence ou insuffisance d d’infrastructures adéquates, absence ou insuffisance d’équipements didactiques appropriés, absence ou insuffisance d’hôpitaux d’application, etc….

Author

Ngounou Nzietchueng Caline

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